Quand un régulateur européen s’attaque directement à Google/YouTube sur le terrain des pubs gambling, je regarde toujours ça de près. Pourquoi ? Parce que ce genre de dossier dépasse rarement les frontières du pays concerné. En Italie, l’AGCOM a sanctionné Google à plusieurs reprises pour diffusion de contenus promotionnels liés aux jeux d’argent sur YouTube, dans le cadre du Decreto Dignità, qui interdit la publicité pour les jeux avec gains en argent. En décembre 2023, l’autorité a notamment infligé à Google une amende de 2,25 millions d’euros et à Twitch 900 000 euros, avec ordre de retirer plus de 20 000 vidéos promotionnelles.
Et ce n’est pas un accident isolé. L’AGCOM avait déjà sanctionné Google en 2022 pour des contenus gambling sur YouTube, avec une amende de 750 000 euros, ce qui montre une vraie continuité dans la ligne italienne : les plateformes ne peuvent pas se contenter de dire “ce sont les autres qui publient”.
Pourquoi l’Italie envoie un signal fort au reste de l’Europe
Ce que je trouve intéressant ici, ce n’est pas seulement la sanction. C’est la logique juridique derrière. En Italie, l’AGCOM et les juridictions administratives ont progressivement retenu une lecture plus exigeante du rôle de Google, en considérant que la plateforme pouvait être tenue pour responsable lorsqu’elle diffuse ou monétise ce type de contenus dans un cadre structuré, notamment via des partenariats ou des canaux “vérifiés”. La délibération AGCOM de décembre 2023 insiste justement sur la qualification de Google comme destinataire possible de la sanction au regard du cadre italien.
En clair, le message est simple : si tu organises l’environnement de diffusion, tu n’es plus seulement un tuyau neutre. Et ça, pour toute l’Europe, c’est un sujet énorme. Parce que si cette lecture gagne du terrain, les grandes plateformes vont devoir traiter la pub gambling comme un secteur à risque renforcé, un peu à la manière de ce qu’on voit déjà sur d’autres verticales sensibles. C’est d’ailleurs un débat qui a déjà pris une dimension européenne, avec un renvoi préjudiciel devant la Cour de justice de l’UE autour d’une amende AGCOM contre Google liée à l’interdiction italienne de publicité gambling.
Quel impact possible sur la pub casino en Europe
Soyons clairs : l’Italie ne peut pas, à elle seule, réécrire toutes les règles européennes. Les marchés restent très différents, avec des pays ultra restrictifs et d’autres beaucoup plus ouverts. Mais à mon avis, cette affaire peut avoir trois effets très concrets.
Le premier, c’est un durcissement des filtres plateformes. Plus il y a de sanctions et de contentieux, plus Google, YouTube et les autres ont intérêt à sur-bloquer plutôt qu’à sous-bloquer. Donc même dans des pays où la pub gambling reste autorisée sous conditions, on peut s’attendre à davantage de vérifications, plus de refus automatiques, et des process de validation beaucoup plus lourds. Le fait que Google ait déjà annoncé en 2026 un renforcement de ses standards publicitaires gambling dans plusieurs régions montre bien que la tendance va vers plus de contrôle, pas moins.
Le deuxième effet, c’est une pression plus forte sur les créateurs de contenu et les formats indirects. En Italie, l’AGCOM n’a pas seulement ciblé les plateformes, elle a aussi sanctionné de nombreux créateurs pour des vidéos promouvant des jeux avec gains d’argent sur des plateformes vidéo. En novembre 2024, l’autorité indiquait avoir infligé environ 2 millions d’euros de sanctions à des content creators.
Autrement dit : le vieux modèle “ce n’est pas une pub, c’est du contenu” tient de moins en moins bien.
Le troisième effet, c’est un impact direct sur la pub casino pan-européenne. Beaucoup d’acteurs raisonnent avec des campagnes multi-pays, des assets vidéo réutilisés, des influenceurs, des comptes globaux et des process centralisés. Dès qu’un grand marché comme l’Italie devient hyper agressif sur l’exécution, toute la machine média doit s’adapter. Et ça pousse mécaniquement vers des créations plus neutres, des ciblages plus prudents, et parfois des retraits purs et simples sur certains formats.

Pourquoi le casino en ligne est particulièrement concerné
Le casino en ligne est souvent la catégorie qui concentre le plus d’attention parce qu’elle cumule plusieurs éléments sensibles : promesse implicite de gain, mécanique de rétention, acquisition agressive, et formats vidéo très “spectacle”. Sur YouTube, c’est encore plus délicat, parce qu’on peut facilement glisser d’une vidéo “divertissement” à une séquence qui devient en pratique une promotion de jeux avec argent réel.
Et c’est exactement ce que l’AGCOM a visé dans plusieurs dossiers : des vidéos qui montraient ou incitaient à jouer à des machines, des paris ou des jeux à gains, parfois via des chaînes très visibles, parfois avec monétisation et relations commerciales en arrière-plan.
Franchement, quand je regarde ça avec l’œil “marché européen”, je vois surtout une chose : les régulateurs n’acceptent plus facilement la frontière floue entre contenu, divertissement, influence et publicité gambling. Et pour les annonceurs casino, ça complique sérieusement la donne.
Mon avis perso
À mes yeux, la sanction italienne contre Google n’est pas juste une affaire locale un peu technique. C’est un signal politique et opérationnel. Politique, parce qu’elle rappelle qu’un État peut demander des comptes à une très grande plateforme sur la diffusion de pubs gambling. Opérationnel, parce qu’elle pousse forcément les intermédiaires à renforcer leurs filtres bien au-delà de l’Italie.
Donc, est-ce que ça va bouleverser toute la pub casino en Europe du jour au lendemain ? Non. Mais est-ce que ça peut accélérer un mouvement vers plus de refus, plus de contrôles, plus de prudence et moins de tolérance pour les formats borderline ? Clairement oui. Et dans ce secteur, une seule grosse affaire suffit souvent à faire changer les règles du jeu pour tout le monde.
